Auto défense citoyenne en Suisse: Un pervers sexuel jeté en pâture
Un document mis dans des boîtes aux lettres, près de Genève, livre le nom et l’adresse de l’auteur d’une soixantaine de délits d’ordre sexuel sur des fillettes.
Le tract qui donne le nom et l’adresse du prédateur sexuel libéré il y a un mois par la justice genevoise © Keystone
C’est le tract qui choque. Glissé dans les boîtes aux lettres de nombreuses personnes résidant dans le département de l’Ain, à deux pas de Genève, et même affiché dans certaines allées d’immeubles, il incite les gens à protéger leurs enfants d’un prédateur sexuel habitant dans la région. Le tract, anonyme, ne s’arrête pas là: il donne l’adresse exacte du pervers, le nom de sa mère, qui l’héberge, ainsi que la marque et la couleur de son véhicule. «Mobilisons-nous pour le faire partir», suggère le document.
Qui est donc le prédateur sexuel visé? Un individu arrêté fin janvier par la police genevoise pour avoir commis une soixantaine de délits d’ordre sexuel sur des fillettes de 6 à 11 ans. Et ce, sur une période allant de 1996 à 2011. Selon un communiqué de la police du mois de juillet, dans la plupart des cas, le trentenaire de nationalité française se masturbait en présence des victimes. Dans certains cas, il aurait été caressé par les enfants.
«Appel au lynchage»
Incarcéré en janvier, le pervers a obtenu sa libération provisoire début octobre. Diffusé jeudi, le tract sort donc un mois après cette libération. Comment «Le Matin» en a-t-il obtenu une copie? Via un de nos lecteurs, qui l’a reçu par courrier. «J’ai été stupéfait en le découvrant. Il donne le nom et l’adresse du pervers. Je dois avouer que je suis déstabilisé. D’un côté, en tant que papa d’une enfant de 6 ans, j’ai envie de protéger ma fille et de ne plus la laisser aller seule à l’école ces prochains temps. D’un autre côté, ce texte est presque un appel au lynchage. Et il n’appartient pas à la population de rendre la justice.» Me Pierre Bayenet, qui défend avec Me Yael Hayat l’individu pointé du doigt, peut «comprendre l’émotion suscitée par la remise en liberté d’un criminel», mais il estime que «la réaction n’est pas adaptée». «Ce tract a pour objectif de faire fuir notre client. Mais ce n’est pas ainsi que le problème sera réglé! S’il fuit, le risque de récidive sera plus important. Il est préférable qu’il soit entouré d’un environnement connu.»
Et l’avocat de rappeler qu’«un expert médical a estimé qu’il n’y avait pas de risque de récidive à court ou moyen terme s’il y avait un suivi sexologique. C’est ce qui a incité le Tribunal des mesures de contrainte à accepter de le remettre en liberté. Notre client est suivi par deux psychiatres et il a l’interdiction d’entrer en contact avec ses victimes.»
Conseil de cinq familles de victimes, Me Karim Raho a appris par la presse l’existence de ce tract. Il ne mâche pas ses mots. «Je trouve cette pratique scandaleuse. Il est évident que les victimes et moi-même ne sommes pas d’accord avec cette façon de faire.
Ce texte viole les principes de protection de la personnalité. Il faut laisser la justice faire son travail.»
Sécurité renforcée
Qu’en pense le procureur en charge de l’enquête, Marco Rossier, qui s’était opposé à la demande de libération provisoire, estimant que le risque de récidive était trop important? Hier, il n’était pas joignable.
La diffusion de ce tract, en tout cas, ne laisse pas de marbre la gendarmerie de Gex. Elle dit «suivre de près cette affaire pour trouver la personne qui a rédigé et diffusé le texte». Par ailleurs, selon nos informations, la police française, en toute discrétion, va renforcer la sécurité autour du logement du pervers. Pour le protéger lui, ainsi que sa mère, d’une éventuelle tentative de règlement de comptes.
Source: http://www.lematin.ch/faits-divers/un-pervers-sexuel-jete-en-pature-2011-10-28