Le rendez-vous manqué de Mélenchon avec les ouvriers
Jean-Luc Mélenchon visite l'usine Alstom de Belfort guidé par le directeur Philippe Brilloit – AFP / SEBASTIEN BOZON
Une semaine après Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon est venu dans le Doubs convaincre ces "invisibles" qu'il veut disputer à la candidate du Front national. Au programme mardi 24 janvier : l'usine PSA Peugeot à Mandeure – Mme Le Pen s'était rendue le 18 janvier devant les portes de l'usine PSA de Sochaux – et l'usine Alstom de Belfort.
"Ne vous laisser pas berner par tous ceux qui prétendent que le problème, c'est l'immigré et pas les banquiers, a-t-il lancé de bon matin devant les portes de l'usine PSA, en compagnie du numéro 1 PCF, Pierre Laurent. Le problème, c'est bien le banquier ! Le Front national est une honte pour la classe ouvrière, c'est une maladie honteuse, le chien de garde du capital ! Le FN vous ment, le FN vous trompe. Il ne faut pas que la classe ouvrière de cette zone s'abaisse à placer en tête cette ignominie."
Un discours qu'il répétera tout au long de la journée. Problème : ces ouvriers étaient invisibles, au sens propre. Seuls quelques représentants syndicaux avaient fait le déplacement. A Mandeure, l'usine PSA, où une centaine d'emplois sont menacés, est fermée pour quelques jours et les salariés en chômage technique. "C'est une étrange situation : quand je viens, la direction décide de mettre tout le monde au chômage technique !", s'exclamera-t-il devant les portes de l'usine. Et là où on attendait la CGT, c'est la CFDT qui est venue accueillir le candidat du Front de gauche (Parti communiste, Parti de gauche, Gauche unitaire). "On partage le même discours, les mêmes idées", lâche Mangane, de la CFDT Peugeot-scooters. "Quand il se déplace jusqu'ici, ça nous touche, enchaîne son collègue Laurent Signori, également à la CFDT. Quand Marine Le Pen vient, elle, ça ne nous cause pas du tout. J'entends les sondages mais je ne suis pas sûr que les ouvriers vont voter pour elle." Pourtant, aux élections locales, le FN fait de très bons scores dans la région. A Montbéliard, dans les cantons qui ont été renouvelés en 2011, le FN est arrivé au deuxième tour dans deux cantons obtenant près de 40 % dans des duels contre l'UMP ou le PS.
"Ne laissez pas des imbéciles occuper le terrain !"
Pour convaincre ces classes populaires de voter pour lui, le candidat de la gauche radicale égrène ses propositions à destination des travailleurs lors d'une réunion à Mandeure. Pôle financier public, développement des services publics, planification écologique, veto suspensif du comité d'entreprise sur les licenciements quand l'entreprise est bénéficiaire ou encore droit de préemption pour les salariés quand l'entrepreneur vend l'entreprise, M. Mélenchon ne ménage pas sa peine. "Mais il faut nous donner le coup de main, s'exclame-t-il. Il faut recommencer le combat pour faire avancer les acquis sociaux (…) Ne laissez pas des imbéciles occuper le terrain !"
Un message qu'a entendu Cyril Caritey, qui travaille à la maintenance chez General Electric. Syndiqué à la CGT, il est venu écouter Jean-Luc Mélenchon, au restaurant interentreprises sur le site Technom à Belfort, où M. Mélenchon a filé après sa réunion à Mandeure. "Marine Le Pen ? On ne l'a jamais vu aux portes de l'usine ! Pour les 35 heures, elle était pas là. Pour les retraites, elle était pas là non plus ! Le travail syndical qu'on fait, un travail d'explication, fait que les gens sont peut-être plus avertis. On sait d'où elle vient, c'est de la poudre aux yeux ! Les collègues sont en train de se rendre compte de l'importance de la politique sociétale."
Une heure plus tard, Jean-Luc Mélenchon est toujours à Belfort, mais chez Alstom, qui fabrique des turbines à gaz. Reçu par la direction, il effectuera une visite en règle d'une ligne de rotors qui entrent dans la composition des turbines. Si la photo casque, lunettes et chaussures de sécurité est au rendez-vous, celui avec les salariés de l'un des ateliers, menacé de fermeture, est raté. Sous la pression de la direction, avance l'équipe de M. Mélenchon. C'est aussi ce qu'explique Jacques Rambur, secrétaire général de la CGT Alstom. "C'est déjà une victoire pour nous : c'est la première fois qu'un candidat à la présidentielle rentre dans l'usine. On a mis une bonne baffe à la direction."
"Quelle mascarade !, s'exclamera Jean-Luc Mélenchon quelques minutes plus tard.On n'a vu qu'une partie des choses mais c'est déjà ça." Interrogé sur le fait qu'au final, il n'a rencontré que très peu d'ouvriers dans la journée, le candidat de la gauche radicale reste confiant. "On voit qu'il y a quelque chose qui monte. Depuis la visite de Bernard Thibault à l'Usine [son QG de campagne], il y a eu un déclic, veut-il croire.Les syndicalistes ont décidé de monter sur la scène politique. Et c'est le politique qui se fait récupérer." La journée au pas de course se termine. Il est temps de rejoindre Besançon qui clôt sa journée marathon.
RBD
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